Le marché où se décide la scène africaine
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Plus de 800 artistes, 500 professionnels et des cohortes de médias s’y croisent avec ce qui semble être une mission commune : négocier l’avenir culturel du continent africain. Ici, rien n’est anodin ; tout est une proposition économique, un manifeste social, une affirmation identitaire. Derrière les 300 représentations et les centaines de milliers de spectateurs, se cache mal une véritable mécanique du marché du spectacle et de l’artisanat où se forgent les carrières internationales.
Décryptons ici, un système…
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. Le radar

MASA : du panafricanisme d'action au nationalisme, mutation stratégique ou renoncement idéologique ?
Le point sur cet élément qui porte une grande histoire et une place centre dans le marché du spectacle vivant en Afrique.
INTRODUCTION
En 2018, le Marché des Arts du Spectacle Africain est devenu, par un glissement sémantique de son acronyme, le Marché des Arts du Spectacle d’Abidjan. Derrière ce passage du continental au territorial, se joue un débat crucial : le panafricanisme culturel est-il en train de se fragmenter face aux réalités des financements nationaux ?
Le symbole face à la géographie.
Depuis 1993, le MASA était le laboratoire d’un rêve : une plateforme sans frontières où le « A » d’Afrique servait de bannière commune. En substituant le nom de la métropole ivoirienne à celui du continent, l’institution a opéré une « territorialisation » qui ne manque pas d’interroger.
Certes, le modèle des grands rendez-vous mondiaux — comme Cannes ou Avignon — plaide pour un ancrage urbain fort. Mais pour un projet né de la volonté de fédérer les imaginaires d’un continent entier, ce changement peut être perçu comme un repli. Si Abidjan finance désormais l’essentiel de l’effort, la question demeure : le prestige d’une ville peut-il remplacer la puissance symbolique d’une identité continentale ?
La réalité économique : un pragmatisme à double tranchant.
Il serait simpliste de n’y voir qu’une volonté d’exclusion. Cette évolution traduit surtout une phase de transition : l’État ivoirien a pris ses responsabilités là où les partenaires internationaux se sont parfois désengagés. Cette nationalisation des coûts a mécaniquement entraîné une nationalisation de l’image.
Cependant, le danger est celui d’un « provincialisme de luxe ». Le panafricanisme culturel ne peut être la variable d’ajustement des budgets. Si le MASA devient une vitrine locale, aussi prestigieuse soit-elle, il perd sa spécificité de « bien commun africain ». Le défi est donc de démontrer qu’ancrer l’événement à Abidjan n’est pas un renoncement, mais une manière de pérenniser l’outil au service du continent.
L’exigence de contenu : Penser Africain au-delà du nom.
En réalité, la polémique sur le sigle cache une question structurelle : qui programme, qui décide et, surtout, qui en bénéficie ? Le panafricanisme ne se décrète pas sur une affiche, il se mesure dans les flux :
L’inclusion : Les artistes de la diaspora et des zones non-francophones sont-ils au cœur du projet ?
La structure : Le marché offre-t-il des opportunités réelles de circulation au-delà de la Côte d’Ivoire ?
Si le MASA continue de structurer les industries culturelles du continent avec équité, le changement de nom ne sera qu’une stratégie de marque. Dans le cas contraire, il s’agira d’une recentralisation regrettable.
La preuve par l’action
Le MASA n’a pas cessé d’être africain parce qu’il s’appelle « d’Abidjan ». Mais il a désormais l’obligation de prouver, édition après édition, qu’il maintient son esprit de grandeur. Le succès ne se mesurera pas à la capacité de renommer l’événement, mais à celle de garder ouverte la grande porte du spectacle vivant sur le monde. Abidjan doit être le port d’attache, mais l’Afrique doit rester l’horizon.
À SUIVRE …

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